« Cold cases » : Comment les gendarmes enquêtent sur ces affaires qui ne doivent « pas tomber dans l’oubli »

[Inauguration de la division "Cold Case"] par  Thibaut Chevillard  de 20 Minutes -  Une division créée au sein du pôle judiciaire de la gendarmerie nationale a pour mission de se replonger dans ces affaires non élucidées.

Publié le 09/10/20 à 19h39

  • Composée d’enquêteurs, d’analystes ou de psycho-criminologues, une division créée au sein du pôle judiciaire de la gendarmerie nationale a pour objectif de se replonger dans les affaires non élucidées.
  • Leur travail a permis d’identifier, en août dernier, un individu suspecté d’avoir tué une femme en 2001 dans la Drôme.
  • La division travaille actuellement sur « 14 affaires criminelles en liaison avec des sections de recherches judiciairement saisies », explique le colonel Fabrice Bouillié, chef du service central du renseignement criminel de la gendarmerie au Pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale #PJGN

Le 2 août 2001, le corps de Chantal de Chillou de Saint-Albert est retrouvé à Chatuzange-le-Goube (Drôme). Durant dix-neuf ans, le meurtre de cette femme de 55 ans est demeuré non élucidé. Mais en août 2020, un suspect a finalement été mis en examen après la découverte de son ADN sur un mégot de cigarette découvert sur la scène de crime. Il s’agit de la première affaire résolue par la division «  cold case », une unité récemment créée au sein du PJGN (pôle judiciaire de la gendarmerienationale), et qui a officiellement été inaugurée ce vendredi à Pontoise (Val-d’Oise).

Les dossiers s’empilent sur les bureaux des 33 enquêteurs, analystes et psycho (criminologues qui la composent. « La division assure actuellement la reprise de 14 affaires criminelles en liaison avec des sections de recherches judiciairement saisies », explique le colonel Fabrice Bouillié, chef du SCRC (service central du renseignement criminel) de la gendarmerie, dont dépend la division « cold case ». Il s’agit de dossiers « restés malheureusement dans l’impasse pour diverses raisons qu’il nous faut impérativement mettre à jour, ajoute-t-il. Par respect pour les victimes et les familles, ces affaires non résolues ne doivent pas tomber dans l’oubli. »

« Apporter un nouveau regard »

Pour créer cette division, « la gendarmerie peut s’appuyer sur le travail considérable qui a été réalisé par la cellule Ariane dans le cadre de l’enquête sur la disparition de la petite Maëlys », souligne le général Bernard Thibaud, à la tête de la sous-direction de la police judiciaire. Structure  créée début 2018, la cellule Ariane avait pour mission de centraliser toutes les informations concernant le principal suspect du meurtre de la fillette, Nordhal Lelandais, et de recenser des affaires non élucidées « susceptibles de lui être imputées », notamment « au regard de son dossier et de son parcours », poursuit l’officier. En tout, environ 900 dossiers ont été rouverts et analysés par les enquêteurs.

« Cette expérience a permis de définir une méthode de travail et un dispositif spécifique », assure Benard Thibaud. Les spécialistes qui composent la division « cold case » se penchent sur ces affaires particulièrement complexes, parfois cloturées mais pas encore prescrites. « Leur dialogue permet d’établir des axes de travail qui prennent en compte des évolutions technologiques, observe le chef de la SDPJ. Il s’agit moins de refaire l’enquête que d’apporter un nouveau regard, tout en associant les enquêteurs de l’époque, qui peuvent donner leur avis et permettre de comprendre le sens qui était donné aux investigations. »

« Certains scellés n’ont peut-être pas été exploités à l’époque »

Dès années après la commission des faits, il faut reprendre l’enquête à zéro. Est-il aujourd’hui possible de résoudre l’affaire ? Pour le savoir, une étude de faisabilité est réalisée. Les enquêteurs se rendent sur la scène de crime pour s’en imprégner, récupèrent les scellés et l’intégralité de la procédure afin de la numériser. « Cela peut être un travail colossal concernant certains dossiers », remarque le capitaine Bruno Bruyant, chef du département « atteinte aux personnes ». Les scellés sont listés, inventoriés, analysés. « Certains n’ont peut-être pas été exploités à l’époque », complète le major Laurent Tamisier, du département « empreintes digitales ».

Noms, adresses, données téléphoniques… Les données pertinentes sont ensuite extraites des dossiers dont regorgent procès-verbaux et rapports d’expertises. Elles sont intégrées dans un logiciel d’analyse criminelle, Anacrim, qui permet de « visualiser » les relations entre les protagonistes d’une affaire et de « mettre en évidence des incohérences » dans les témoignages recueillis à l’époque, note la capitaine Léa Jandot, cheffe du département « science de l’analyse criminelle ». C’est notamment ce logiciel qui avait permis, en 2017, de relancer l’enquête sur l’assassinat du petit Grégory.

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