Affaire Victorine : les enquêteurs scientifiques travaillent tous azimuts

Les scientifiques et techniciens du Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale de Pontoise exploitent sans relâche depuis plusieurs jours tous les indices disponibles pour faire avancer l’enquête. Le Parisien du 02/10/2020

> Par Vincent Gautronneau, journaliste de "Le Parisien national".

Une véritable ruche qui ne s'arrête jamais de travailler. Depuis la découverte du corps de la jeune Victorine à Villefontaine (Isère), le Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale (PJGN), basé à Pontoise (Val-d'Oise), fourmille. Scientifiques et techniciens travaillent jour et nuit pour tenter de trouver des indices utiles à l'identification de la personne qui a noyé la jeune fille de 18 ans.

Selon nos informations, plus d'une cinquantaine de scellés sont déjà entre les mains des « experts » de la gendarmerie. Ils ont été sélectionnés directement par les techniciens en identité criminelle de la section de recherche (SR) de Grenoble, en fonction de leur intérêt pour les investigations. « Les enquêteurs ont reconstitué plusieurs scénarios potentiels et choisi les scellés à analyser en priorité, explique une source proche de l'enquête. Plus il y a de chance que le tueur ait eu une interaction avec un objet, plus celui-ci devient prioritaire. »

Habitués à travailler sur des dossiers complexes, notamment l'affaire Lelandais, les gendarmes grenoblois ont décidé de fonctionner ainsi pour ne pas engorger les experts. « Parfois, et c'est ce qu'il s'était passé lors de l'affaire Lelandais, nous sommes submergés par les scellés. On a alors tendance à se concentrer sur éléments les plus intéressants scientifiquement, ceux sur lesquels on a le plus de chance de trouver un ADN ou des empreintes, mais ils ne sont pas forcément au centre de l'enquête, souligne le général Patrick Touron, patron du PJGN. Cette fois, on a estimé que les enquêteurs sur place étaient les mieux placés pour choisir les pièces essentielles. »

« L'eau de la rivière sera analysée »

Le sac à main de la jeune Victorine, retrouvé à proximité du corps, a rapidement fait partie des priorités des enquêteurs – la piste d'un vol ayant mal tourné n'étant pas exclue. C'est aussi le cas des vêtements que portait la jeune femme lorsqu'elle a été noyée, sur lesquels l'auteur du crime a pu laisser des traces.

Reste désormais aux experts de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie (#IRCGN) à décortiquer ces vêtements ou prélèvements réalisés sur la scène de crime et sur le corps de la victime. Trois types d'analyses ont déjà commencé : la recherche d'ADN, celle d'empreintes digitales, et enfin celle qui vise à faire émerger des éléments pileux ou des fibres. Dans les cas les plus urgents – comme l'affaire Victorine -, les experts de la gendarmerie sont capables d'analyser un objet en moins de 24 heures.

Les gendarmes vont toutefois être confrontés à une difficulté supplémentaire. Le corps de la jeune femme a passé plus de 24 heures dans l'eau avant d'être découvert. Le courant et l'eau ont sans doute fait disparaître certaines preuves. « Mais paradoxalement, grâce à d'autres techniques scientifiques, certaines empreintes digitales vont très bien ressortir », assure le général Touron. L'eau de la rivière sera, elle aussi, analysée, pour confirmer avec certitude le lieu de la noyade.

Un crime « imprévu » se dégage déjà

A Pontoise, d'autres experts suivent le dossier depuis le début. Spécialisés en sciences comportementales, ils sont capables d'estimer, grâce au déroulé d'un crime, si l'auteur est organisé ou non, expérimenté ou pas. A l'été 2019, ces «profilers» avaient épaulé les enquêteurs de la SR de Montpellier après le meurtre de la jeune Priscillia à Estagel, leur permettant rapidement d'imaginer un crime « imprévu » commis par un tueur inexpérimenté.

S'ils n'ont pas été envoyés sur place dans le cadre de l'affaire Victorine, c'est qu'un crime « imprévu » se dégage déjà, notamment car la jeune femme n'avait pas prévu d'emprunter ce chemin. Ils restent toutefois en liaison constante avec les investigations. « Dans certains cas, ils peuvent estimer l'âge ou certaines particularités d'un tueur en fonction du type de crime, de la victime, des lieux, détaille le général Touron. Ce n'est pas une vérité absolue, mais cela donne des indications aux enquêteurs. »

 

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