A Beyrouth, avec les gendarmes français qui aident à identifier les victimes

Arrivés en renfort au Liban jeudi 6 août 2020, vingt-sept militaires de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, ont aidé à l’identification des victimes et à la modélisation du théâtre de l’explosion.

Vu dans "Le Parisien". Ecrit par Nicolas Jacquard, envoyé spécial à Beyrouth (Liban), avec Jérémie Pham-Lê - en kiosque le 10/08 2020

 

C'est un « ground zero » libanais. Un cratère de 100 m de côté sur 43 m de profondeur, provoqué par l'explosion mardi de 2750 tonnes de nitrates d'ammonium stockés dans le hangar numéro 12 du port de Beyrouth.

Ce secteur du point zéro et de ses alentours, les 27 hommes de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), arrivés jeudi soir au Liban à bord d'un avion militaire A400M, l'ont précisément cartographié. Déployables en deux heures, y compris en direction de l'étranger, avec une capacité à identifier 200 corps de victimes de catastrophe, les Français – dont un médecin légiste et deux dentistes – se sont d'abord attelés à rendre un nom et un visage aux 154 morts causés par l'explosion. Un drame qui a fait par ailleurs plus de 6000 blessés, dont 20 % sont encore hospitalisés.

Depuis 1991, l'IRCGN bénéficie d'une expertise issue de près de 110 interventions sur des catastrophes civiles ou militaires. Quand bien même « chacune est différente de l'autre », note le Colonel Franck Marescal, directeur de l'IRCGN, qui a pris lui-même la tête de ce détachement à Beyrouth. Sur place, en appui technique aux autorités libanaises, l'essentiel de l'intervention des gendarmes s'est déroulé dans les morgues où avaient été transportés les corps. Les derniers ont été extraits des décombres par des sauveteurs venus de l'étranger, dont ceux de la Sécurité civile française.

ADN, empreintes digitales, éléments dentaires…

Trois techniques sont utilisées. D'abord le relevé des empreintes digitales, ensuite, celui de l'ADN, ainsi que la comparaison de radios panoramiques dentaires. Les empreintes palmaires peuvent être analysées grâce aux données contenues dans les fichiers des passeports ou cartes d'identité. Des bases de données biométriques assez peu fournies au Liban, où les éléments dentaires sont également peu répertoriés. En revanche, « pour ce qui est de l'expertise ADN, comparé avec celui fourni par les familles, les Libanais sont au même niveau que nous », vante le colonel Marescal, lequel constate par ailleurs que « la fluidité de la relation avec nos homologues a permis un travail rapide et de qualité. »

En vertu d'une enquête judiciaire ouverte à Paris, les gendarmes ont d'emblée identifié le corps de Jean-Marc Bonfils, architecte français tué dans l'explosion. Samedi, ils ont également concouru à rendre leur identité à la moitié de la vingtaine de victimes qui n'en avaient pas encore. Leurs prélèvements post-mortem permettront également aux Libanais d'identifier par la suite d'autres « N » comme on dit dans le jargon, pour « non identifiés. »

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