Les experts du crime

Naissance de l'ouvrage :

Ma première rencontre avec Jean-Christophe Portes a eu lieu aux environs de Pontoise lors d’une exposition sur le roman policier. Il est auteur d’une série historique dans laquelle un lieutenant de gendarmerie, Victor Dauterive, conduit des enquêtes au 18ème siècle en pleine période révolutionnaire dans un contexte aux bouleversements innombrables. Bien que la société et la gendarmerie soient fort différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui, l’auteur a magnifiquement su décrire ce qui constituait l’âme du « Gendarme » au travers de ce jeune lieutenant enquêteur, à savoir son humanité, sa ténacité, son engagement au service de la vérité et de la justice.

Lorsque nous avons discuté, je me suis présenté à lui, sur le salon, comme lecteur. Il savait qu’en tant que directeur de l‘Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale, j’étais au fait des dernières méthodes scientifiques d’exploitations des traces et indices prélevées sur les scènes de crime, aussi me questionna-t-il quasi immédiatement, pour le besoin de ses romans, sur les blessures laissées par les armes blanches et leurs conséquences. Quant à moi, mes interrogations portaient sur le devenir de ce lieutenant intrépide dont les aventures me passionnent.

Comme tous les écrivains de roman policier, il avait de nombreuses questions sur le travail effectué par les gendarmes experts de l’IRCGN, notre intervention dans les enquêtes, la méthodologie appliquée et il s’est montré très surpris du nombre de domaines d’expertises pratiquées, qui vont de la génétique à l’informatique en passant par les empreintes digitales, à la chimie. Il déplora que notre travail soit tant méconnu, tout particulièrement celui de notre mission lors des identifications de victimes en cas de catastrophe ou attentats. L’idée de ce livre nous est donc apparu comme évidente afin de permettre à tous les lecteurs, selon son point de vue, et à tous les justiciables selon le mien, d’expliciter et de décrire le travail de ces experts de l’IRCGN, très scientifique et très méthodique mais bien loin de la vision que peut en avoir un spectateur de série télévisuelle, où les experts sont polyvalents et les machines particulièrement bavardes.

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L’auteur s’est donc placé, pour vous, lecteur, au-dessus de l’épaule de l’expert, et c’est ainsi que vous allez découvrir le travail quotidien et méconnu des experts de l’IRCGN. Les dossiers sont souvent terribles et pourraient être choquants pour un lecteur non averti. L’auteur a donc pris le parti de ne pas être cru et de suggérer plutôt que de décrire. Tous les dossiers présentés sont des cas réels, jugés, anonymisés et délocalisés afin de ne pas risquer d’infliger des traumatismes supplémentaires à des proches de victimes, qui penseraient s’y reconnaître et dans le respect de la loi au travers l’article 11 du code de procédure pénale qui interdit la divulgation d’une information liée à une enquête en cours.

Ces dossiers sont révélateurs du côté sombre d’une réalité humaine que l’on soupçonne, mais à laquelle tout un chacun n’a fort heureusement pas accès. Cet ouvrage vous permet d’appréhender, outre l’aspect scientifique et minutieux du travail des experts, cette réalité de comportements humains pour lesquels il importe de ne pas se voiler la face, sans pour autant en être fascinés ou apeurés. Au cours de la lecture, vous constaterez d’ailleurs que les experts sont très prudents et très précautionneux dans leurs propos.

Avant de plonger dans cet univers aux techniques complexes, en bout de chaîne du crime, je me dois de vous donner quelques clefs de lecture quant à l’action de ces femmes et hommes passionnés et très investis. Le travail des gendarmes experts se réalise dans la continuité de celui des enquêteurs de terrain, bien souvent les premiers confrontés aux faits dans toute leur brutalité. Ils sont appuyés, lors des premières investigations techniques sur les scènes d’infractions potentielles1, par des gendarmes techniciens en investigations criminelles (TIC), qui procèdent à la détection des traces, aux prélèvements des indices, à leur protection et aux premières analyses.

Ces gendarmes TIC, présents dans chaque département français, constituent la « cheville ouvrière » de la criminalistique de la Gendarmerie, de par leur engagement immédiat, leur formation très technique et leur expertise, fruits d’une pratique quotidienne de l’investigation criminelle. Les prélèvements qu’ils réalisent sont placés sous scellés judiciaire, ce qui signifie qu’à partir de ce moment, ils sont protégés de toute dégradation ou contamination, et que seul un magistrat peut décider de leur devenir. Lors de crimes, complexes ou multiples, l’IRCGN déplace ses experts en France ou à l’étranger afin d’appuyer les TIC ou de procéder sur place aux premières analyses avec du matériel de pointe transportable. Ces sont en moyenne deux équipes qui sont déployées chaque jour sur le terrain.

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Les scellés réalisés par les TIC ou les experts parviennent à l’IRCGN, qui au travers des résultats de leur analyse, vont aider les enquêteurs et magistrats à répondre aux nombreuses questions qu’ils se posent :

- 1) Y a t’il eu un crime ou une infraction ? (il s’agit de distinguer l’accident ou le suicide, ou de découvrir des faits cachés par l’auteur)

- 2) Le lieu du crime ? (la recherche de l’ensemble des indices impose de découvrir le cheminement de l’auteur, des armes ou de la victime)

- 3) La temporalité ? (La détermination précise de la date de commission des faits est essentielle lors de la phase de confrontation avec les alibis des suspects)

- 4) L’identité de la victime ? (Cet aspect essentiel à l’enquête est parfois difficile à établir, tout particulièrement lors de la pluralité de victimes ou de la dégradation des corps)

- 5) L’identité de l’auteur ? (objet de toutes les attentions et de l’essentiel des investigations, l’analyse des traces laissées doivent nous conduire à cette identification)

- 6) La reconstitution des faits ? (Cet aspect s’avérera essentiel lorsque les acteurs auront été identifiés et qu’il faudra confronter les faits avec leur témoignage).

Les experts procèdent aux analyses en suivant des procédures et méthodes validées, reconnues comme fiables par la communauté scientifique, ce qui signifie que d’autres scientifiques contrôlent la qualité de notre travail, afin d’en garantir le résultat devant le justiciable. Les résultats des expertises sont fournis au mandant (magistrat, enquêteur) sous forme d’un rapport et peuvent être présentés au procès pénal où l’expert devra les expliciter. 600 dossiers sont traités chaque jour à l’IRCGN.

Dans une même affaire, l’accumulation et la confrontation des résultats scientifiques et des données d’enquêtes viennent progressivement construire une plausibilité quant au déroulement des faits, permettant ainsi aux instances de jugement de rendre la justice. Chaque expert travaille dans un domaine très précis, circonscrit à un domaine scientifique spécifique et c’est la capacité à assembler toutes ces expertises qui permet de résoudre l’énigme que constitue, toujours, un décès suspect ou un crime, un peu à l’image d’un puzzle que l’on reconstruit.

L’IRCGN est un site unique en France qui regroupe toutes les sciences utiles à la recherche de la vérité pénale. Vous allez donc lire et découvrir comment les experts de l’IRCGN contribuent, expertise après expertise, à la manifestation de cette vérité.

Général de brigade Patrick TOURON
Commandant le pôle judiciaire

« La vérité a ses sciences »

1. Nous ne distinguerons pas par la suite les infractions selon leur nature juridique et parlerons par commodité de « crimes ».

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