Une femme avec de l'esprit au bout des doigts

H., 45 ans, adjudante, est personnel qualifié au sein du département Empreintes Digitales de l’IRCGN.

Quel a été votre parcours avant d'intégrer le PJGN ?

Après mes études, j’ai principalement enseigné en collège, école maternelle, primaire ou même à domicile. A cette période, ma position de « femme » de militaire me permettait difficilement de conserver un emploi plus de quelques mois car nous étions amenés à déménager tous les deux ans. Lorsque cette situation s’est stabilisée, j’ai enfin pu attaquer ma propre carrière et j’ai choisi de passer le concours de sous-officier de Gendarmerie. Je suis donc entrée en école de Gendarmerie tardivement (33 ans), j’ai choisi la région pays de la Loire pour commencer ma carrière puis j’ai été affectée en brigade territoriale, je n’y suis finalement restée que 4 ans. J’ai répondu à un appel à volontaire pour le département Empreintes Digitales de l’IRCGN et j’ai été retenue.

Qu'est ce qui a motivé ce choix de carrière dans le domaine judiciaire ?

Petite (vers 10-12 ans), j’avais fabriquée une valisette de prélèvement d’indices avec des sachets plastiques, un pinceau pour appareil photo pris à mon père et un flacon de talc pris dans la salle de bain… la police scientifique me plaisait. J’ai découvert la Gendarmerie par ma belle-famille (tous sont militaires ou gendarmes). Et cela m’a plu.

Quelles sont les missions de votre service ? Vos activités quotidiennes ?

Nos missions principales sont :

  • la mise en évidence des empreintes digitales sur des objets issus de scènes d’infractions ;
  • les éventuelles comparaisons avec des personnes suspectes ;
  • l’intervention sur scène de crime en renfort des TIC ;
  • l’identification des victimes de catastrophe.

Pensez-vous que votre profession vous contraint dans votre féminité ?

- si la question est « ma profession me met des limites en raison de ma féminité » :

Je pense que malgré tout, les différences hommes/femmes sont fortement ancrées dans les esprits et qu’inconsciemment, ou sciemment. D’ailleurs les hommes, quels qu’ils soient dans notre emploi, nous le rappellent (simplement lorsqu’ils préfèrent de pas nous laisser le volant, c’est assez fréquent en Gendarmerie), la voix des femmes restent également moins écoutée. On préfèrera croire un homme que ce que dit une femme (cela se voit aussi beaucoup en Gendarmerie).

- si la question est « ma profession m’oblige-t-elle à rester une femme en me reléguant à un rôle de femme :

Cela dépend principalement des personnes qui nous entourent, donc des collègues et de leur comportement, la profession est maintenant (dans les textes en tout cas) officiellement équitable… dans les faits, pas parfaitement.

Quelles sont les compétences nécessaires pour exercer ce métier ?

Un peu de logique et de réflexion, de la patience et la volonté de retrouver des indices et d’identifier des auteurs évidemment. Il faut, dans le cadre particulier, de mon activité une base minimale de formation scientifique.

Quels sont les défis que vous avez du relever en tant que femme lors de votre prise de fonction ?

Sur les différents postes que j’ai occupés, j’ai eu la chance de ne pas être la première femme à arriver. Cela a été du coup facile. En brigade, l’autre femme était très garçon manqué, mon arrivée a modifié l’équilibre existant et les discussions (un peu moins de blagues vaseuses). Les collègues considéraient ma collègue féminine comme « un pote », moi qui était plus féminine et plus âgée, j’ai un peu cassé tout ça, et ça n’a pas fait de mal je pense.

Pour mon poste à l’Institut, ce fut différent car il y avait déjà eu plusieurs femmes avant mon arrivée, il n’en restait qu’une seule. Maintenant, nous avons (en nombre) atteint la parité, cela a modifié quand même l’équilibre interne, et même les relations entre collègues, qui sont devenues bien plus détendues.

Pensez-vous qu'être une femme soit un désavantage ou une force ?

Je pense que c’est une force. En brigade, ma simple présence (féminine) a sauvé plusieurs situations sur le point de dégénérer. Mais face à la hiérarchie, cela peut être, pas une faiblesse, mais une difficulté. Comme je l’ai dit avant, notre voix est moins entendue, notre parole est plus aisément mise en doute.

Une affaire vous a-t-elle plus particulièrement marquée, notamment en tant que femme ?

En brigade, une maman et sa fille m’ont marquée à vie : le père venait de sortir de prison, la mère et lui étaient séparés, depuis sa sortie elle devait lui confier ses filles certains week-end. La fille ainée, âgée de 5 ans, avait été violée par son père. Les faits sont marquants évidemment, mais ce que je garde gravé en mémoire, c’est le courage de cette maman effondrée, qui cesse soudain de pleurer et serre les poings, puis dit alors « non, je dois être forte pour ma fille ». C’était incroyable. Et sans compter cette fillette d’un calme absolu, qui nous expliquait ce que son père avait fait en disant « je sais que je dois tout te dire car mon papa a fait quelque chose d’interdit ». Je les ai admirées toutes les deux. Quel courage !

Comment voyez-vous votre avenir ? Pensez-vous qu’il aurait été différent si vous aviez été un homme ? 

Mon avenir, je le vois exactement tel que je souhaite ou souhaiterai le construire au fur et à mesure de ma vie, malgré les barrières que certains hommes, parfois plus gradés, croient devoir poser. Je suis profondément attachée au fait que je sois une femme. Et oui je suis convaincue que les choses auraient été différentes pour moi si j’avais été un homme...

Auriez-vous un conseil à donner aux jeunes femmes actives ?

Faites ce que vous voulez.

N’essayez pas d’être ce que vous n’êtes pas.

Et ne vous laissez pas faire.

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