Des scènes de crime au COVID19 : France Inter

Des scènes de crime au COVID19 : le bus laboratoire mobile de la gendarmerie en terre hospitalière

Depuis début avril, un laboratoire mobile de la gendarmerie nationale a été détourné de sa fonction première, la recherche d'ADN sur des scènes de catastrophe ou de crime, pour aider à dépister le Covid-19. Ce bus aménagé est garé dans l'enceinte de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches (92)

Reportage par Anne Griessel - France Inter le 23 avril 2020

À première vue, tout laisse penser à une scène de crime : bus aux couleurs la gendarmerie et chapiteaux blancs ornés du sigle de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN). Mais le tueur, ici, dans l'enceinte de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches (92) est déjà identifié : ce bus bleu-marine abrite un laboratoire mobile chargé de détecter le Covid-19 dans les échantillons prélevés sur de potentiels malades. Repérer l'agent criminel, en somme, avant qu'il ne fasse plus de victimes.

"Il s'agit d'un laboratoire mobile, destiné à l'origine à réaliser des analyses ADN dans le cadre de scènes de crime, ou d'identification de victimes dans le cadre de catastrophes comme des attentats ou des crashs aériens", détaille le lieutenant-colonel Sylvain Hubac, chef du département 'analyse des traces biologiques' à l'IRCGN. "Nous avons développé des processus analytiques qui respectent une norme internationale - qui est la norme 17 025 – et les avons donc un peu modifiés pour les adapter, non pas à l'analyse de l'ADN humain, mais à l'analyse de l'ARN viral. »

Pour le reste, l'ensemble ressemble à un laboratoire classique, son blanc immaculé, ses scientifiques en tenue de protection, et ses machines d'une propreté clinique. Le tout soigneusement rangé dans moins de 10m², la surface de l'intérieur du bus. Chaque mouvement y est millimétré, chaque appareil occupe une place précise. Et un écran installé à l'extérieur permet de voir ce qu'il s'y passe en temps réel.

Jusqu'à mille tests par jour

Installé dans la cour de l'hôpital, ce bus-laboratoire est en mesure de mener jusqu'à un millier de tests par jours, sept jours sur sept. 

Toutes les étapes se font en lien avec l'AP-HP, à laquelle appartient l'hôpital Raymond Poincaré. "La gendarmerie a mis à notre disposition une force que nous n'avions pas en termes de capacités techniques et humaines. Mais il fallait que ces tests soient réalisés dans des conditions réglementaires de la biologie médicale, et cela a été possible par le travail de coordination que nous avons mené", explique le Pr Antoinette Lemoine, biologiste médicale et directrice du département médico-universitaire de la nouvelle structure l'APHP Paris-Saclay. 

Cette possibilité supplémentaire de tests est proposée aux Ehpad et établissements accueillant des personnes handicapées. Prélevés sur place par du personnel soignants, à l'aide d'écouvillons, les échantillons sont ensuite transportés à l'hôpital de Garches, où ils sont d'abord enregistrés par le laboratoire (fixe) de l'établissement, aidé par d'anciens employés revenus bénévolement, avant d'être confiés au laboratoire mobile, garé à quelques pas.

 

Travail en lien avec l'AP-HP

Tous scientifiques, les gendarmes qui s'y trouvent travaillent étroitement avec l'hôpital. "Les experts biologistes de l'AP-HP sont les seuls autorisés à valider les résultats d'analyse", précise Sylvain Hubac. Ces résultats sont obtenus le jour-même lorsque les prélèvements sont effectués le matin, ou le lendemain lorsqu'ils ont lieu plus tard dans la journée.

À bord, les militaires, volontaires, se relayent par équipe de cinq, alternant jours dans le bus et jours au siège de l'IRCGN, à Pontoise (Val d'Oise). La gendarmerie y possède un deuxième laboratoire d'analyse. Conservé, lui, pour le moment, pour les missions habituelles de la gendarmerie. Épidémie ou non, le crime ne dort jamais.

Ré-écouter l’émission « grand angle » consacrée :  cliquer ICI

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