Terrorisme : comment les gendarmes se préparent-ils à une tuerie de masse ?

  • Par Pablo Agnan
  • Publié le 03 octobre 2022, mis à jour le 03 février 2023
© Sirpa-G - B. Lapointe

Si la menace terroriste est plus faible qu’en 2015, le risque d’un attentat est, quant à lui, toujours présent. Pour se préparer au pire, la gendarmerie continue de s’entraîner, à l’occasion d’exercices d’ampleur, dans des conditions proches de la réalité.

Covid-19, guerre en Ukraine... La sidération provoquée par ces crises successives en aurait presque fait oublier celle du terrorisme et de ses macabres tueries de masse. Le procès des attentats du 13 novembre, qui s’est achevé le 29 juin, et celui de Nice, dont la clôture est prévue pour le 21 octobre, devraient, espérons-le, refermer cette funèbre page de l’histoire.

Mais le risque d’une attaque est toujours élevé. Depuis l’été 2021, l’ensemble du territoire est placé au niveau « risque attentat » deuxième échelon sur trois du plan Vigipirate. L’évaluation de la menace terroriste par les services de renseignement devrait d’ailleurs augmenter d’un cran, et ce dès l’année prochaine, en raison de la succession d’événements majeurs : la coupe du Monde de Rugby 2023 et les J.O. de Paris 2024.

10 minutes de retard dans ce processus augmente la mortalité de 4 %

Si les unités anti-terroristes déjouent chaque année des attentats (70 depuis 2012, selon la Direction générale de la sécurité intérieure, la DGSI), celles de Contre-terrorisme (C.T.) continuent de se préparer au pire, en s’entraînant régulièrement, à l’occasion d’exercices grandeur nature, comme c’était le cas début juin, sur un site Center Parcs dans l’Eure, et, plus récemment, dans une boîte de nuit du Val-d'Oise.

Ce dernier rassemblait pas moins de 900 participants, dont 250 plastrons. Côté gendarmerie, toutes les unités étaient représentées, du GIGN aux gendarmes départementaux, en passant par l'Unité d'investigations et d'identification (U2I) de l’IRCGN (Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale). Ses membres ont notamment été engagés après l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016.

Si l’identification des victimes apparaît comme une fatalité, la sauvegarde des vies, elle, est une nécessité ! C’est d’ailleurs l’objectif principal en cas d’attentat, avec bien sûr la suppression de la menace. Pour ce faire, « il faut extraire les patients le plus rapidement possible », insiste le médecin-chef Clément, du GIGN, avant de préciser : « 10 minutes de retard dans ce processus augmente la mortalité de 4 %. »

Sur place, seuls les gestes de premiers secours sont réalisés. « Ils doivent être très rapides et limités au strict nécessaire, afin d’assurer la survie du patient. » Sur le territoire national, ces gestes sont réalisés par les GREX, les groupes d’extraction des sapeurs-pompiers. Équipés de casque lourd et de gilet pare-balles, leur mission est de prendre en charge les patients dans la zone orange, aussi appelée zone contrôlée par les Forces de sécurité intérieure (FSI). Pour ce faire, ils seront systématiquement escortés par des forces d’intervention intermédiaire.

Les cas de Moscou, Bombay et Nairobi étudiés de près

Ce système de zonage par couleur permet de délimiter le terrain en fonction de sa dangerosité. La zone contrôlée constitue ainsi une zone-tampon entre la verte (soutien) et la rouge (exclusion). À l’intérieur de cette dernière, seules les forces d’intervention spécialisée peuvent y opérer, à l’instar du GIGN, du moins en théorie. Dans la réalité, tous les militaires, de l’opérateur du GIGN aux Gendarmes départementaux (G.D.), interviennent à un moment donné dans la zone d’exclusion.

Ce n’est qu’une question de timing, une course contre la montre pour sauver des vies, précise le colonel Quentin Petit, commandant du groupement du Val-d'Oise. Au départ, la patrouille de gestion des événements (la plus proche des faits), puis les militaires du Peloton de surveillance et d'intervention (PSIG) Sabre vont devoir évoluer et tenter de fixer et neutraliser la menace dans cette zone rouge, jusqu’à l’arrivée du GIGN. Ce n’est qu’à partir du moment où la menace sera fixée que les secteurs vont se stabiliser."

Dans ce nuancier, le GIGN a ajouté une nouvelle couleur, caractéristique d’un espace qui échappe au contrôle d’un schéma préétabli : il s’agit de la zone grise, située entre l’orange et la rouge. À l’intérieur, plusieurs actions peuvent être menées, de l’appui à l’élément d’assaut à l’extraction des victimes. Les forces qui y évoluent mènent une action de reprise.

« Il s’agit d’une action qui a été conceptualisée après les grandes tueries de masse que sont celles de Moscou, Bombay et Nairobi », explique le chef d’escadron Laurent, numéro deux de la Force sécurité protection (FSP) du GIGN. « Ça consiste à traiter tout ce qui se trouve derrière la zone d’exclusion », comme la mise en place d'un corridor d’extraction, mais aussi du déminage par exemple.

Une telle organisation ne serait possible sans une bonne logistique. La zone verte, ou zone de soutien, permet de fournir cet appui aux unités d’intervention. À l’intérieur, l’activité est intense et il y règne une agitation qui pourrait paraître désordonnée pour un spectateur extérieur. Pourtant, tous les mouvements sont coordonnés avec la plus grande précision.

Révéler les fragilités afin de trouver des solutions

Cette manœuvre nécessite impérativement un chef d’orchestre, dans ce cas précis le colonel Petit, ainsi que plusieurs officiers. « Impossible de gérer une crise comme celle-ci sans déléguer des missions et transmettre les ordres. » Car dans cette situation, tout gravite autour du commandant du groupement du Val-d'Oise et les missions sont multiples (gestion de l’intervention, bouclage des zones, escortes, organisation du poste de commandement, prise en compte de la police judiciaire, etc.). Sans assistance, la chaîne de commandement peut ainsi vite se retrouver saturée.

© Sirpa-G - B. Lapointe

« C’est aussi une crise très difficile à gérer car elle se développe très rapidement », reconnaît, plein d’humilité, l’officier, pour qui cet enseignement n’aura pas été le seul : « Il faut prévoir des gendarmes pour encadrer la presse, afin que l’intervention ne soit pas retransmise en direct, et ainsi donner des informations aux assaillants », comme c’était le cas lors de la prise d'otages du magasin Hyper Cacher, porte de Vincennes, à Paris, le 9 janvier 2015.

Toujours concernant le volet communication, le Centre d'opérations et de renseignement (CORG) du groupement, là où sont réceptionnés les appels du 17, s’est vite retrouvé débordé : ses cinq personnels devaient gérer 40 requêtes simultanément. « L’exercice nous a montré que le CORG n’était pas dimensionné pour ce genre de manœuvre. Mais c’est tout l’intérêt de ce type d’entraînement : révéler nos fragilités afin de trouver des solutions. »

À noter : l’exercice aura nécessité « un gros effort » sur le plan humain de la part du groupement de gendarmerie du Val-d’Oise. 90 personnels étaient mobilisés, dont 55 rien que pour jouer l’exercice. 45 militaires du GIGN sont intervenus ainsi que 15 personnels de l’IRCGN.

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