L’adjudant-chef Gwenaël : « Prévenir les violences en sensibilisant encore davantage »

  • Par le chef d'escadron Sophie Bernard
  • Publié le 24 novembre 2022, mis à jour le 03 février 2023
© Gendarmerie/SIRPA/B.LAPOINTE

Ayant fait ses armes en gendarmerie mobile, c’est en rejoignant la « blanche » que Gwenaël a véritablement été confronté à des cas de violences. « Que ce soit en tant que commandant de brigade territoriale ou membre de l’ancienneCLAP du département, j’ai eu à traiter de nombreuses procédures de Violences intra-familiales (VIF), parfois même d’inceste. Particulièrement intéressé par la problématique, j’ai suivi des formations au Centre national de formation à la police judiciaire (CNFPJ), comme le stage "auditions de mineurs" ou "expert VIF". » Souhaitant désormais davantage mettre à profit son expérience au service de la prévention, il a pris le commandement de la Maison de protection des familles de l’Allier (MPF 03), en septembre 2022, l’une des 99 unités de ce type existant en France.

Un panel d’outils et de partenaires pour mieux lutter

Cinq ans après la vague MeToo et trois ans après le premier Grenelle des violences conjugales, le gradé a déjà pu constater un vrai changement des mentalités. « La population a été davantage sensibilisée sur cette thématique grâce à la médiatisation. Les victimes savent que nous sommes formés en la matière, elles sont rassurées et la parole se libère plus facilement. »

En effet, la question des VIF fait désormais l’objet d’une formation initiale et continue dont peuvent bénéficier l’ensemble des militaires, mais aussi d’une formation expertise mise en place par le CNFPJ à destination des enquêteurs spécialisés comme Gwenaël. « À travers ce stage, nous analysons le mécanisme qui reste très souvent le même dans chaque violence. On nous donne également des outils pour former nos camarades des unités territoriales sur la prise en compte des victimes. L’audition est très structurée, afin de ne pas s’arrêter à la seule violence physique, mais d’étudier toutes les éventuelles prémices : violences psychologiques, financières, sexuelles, etc. » Parmi ces outils se trouve notamment la grille d’évaluation du danger, avec une vingtaine de questions à poser systématiquement, qu’il y ait ou non une plainte de déposée.

Nicolas Boulot

Car c’est souvent la première crainte de ces victimes de violences qui, pour certaines, renoncent encore à alerter de leur situation : déposer plainte. Une crainte que Gwenaël souhaite absolument dissiper : « Si les victimes sont invitées à composer le 17 en priorité en cas d’urgence pour joindre les forces de l’ordre, elles peuvent également contacter le 3919, l’association France Victime, ou encore l’un des 451intervenants sociaux en commissariat et gendarmerie. Ces différents interlocuteurs pourront apporter des précisions sur la procédure, rassurer et guider la victime sur « l’après », par exemple, s’agissant de leur hébergement. »

Informer pour davantage repérer et signaler

Aujourd’hui, Gwenaël est persuadé d’une chose. « Plus il y aura de personnes en mesure de repérer et de signaler les violences commises, le plus souvent, dans la discrétion du foyer, et plus les auteurs se sentiront en insécurité ! » Avec les autres gendarmes de la MPF, il souhaite donc continuer à sensibiliser un maximum de monde sur le sujet.

« Nous sommes très actifs auprès des scolaires, afin de prévenir les violences dès le plus jeune âge. Nous intervenons auprès des CM2 sur la question du harcèlement et des discriminations juste avant qu’ils n’entrent au collège. Nous abordons la notion du consentement avec les 3e, qui ont souvent leurs premières relations amoureuses. Enfin, nous évoquons les violences conjugales avec les 1res et les Terminales, à l’âge où se forment les premiers couples. » Les militaires ont aussi prévu d’intervenir auprès d’une association LGBT du département, car « s’il est déjà difficile pour une victime hétérosexuelle de parler, cela l’est d’autant plus pour une victime LGBT, qui craint déjà d’être jugée sur son orientation sexuelle. »

La MPF s’est aussi rapprochée d’une école pour aveugles et malvoyants du secteur, « les violences étant forcément plus faciles à asséner sur des personnes en situation de handicap, qui se trouvent, par définition, dans un état de vulnérabilité et de dépendance. À l’inverse, nous pourrons ensuite les faire intervenir dans une formation auprès de nos camarades en unités territoriales, sur l’accueil et la prise en charge des victimes handicapées. »

À noter : ce jeudi 24 novembre, à l’occasion du salon AGIR, le groupement de gendarmerie départementale de l’Allier a reçu le 3e prix de la prévention pour la traduction en braille et en grands caractères de quatre types de documents, dont le violentomètre et la fiche conseils sur le harcèlement scolaire. Les gendarmes du département bénéficient ainsi de supports leur permettant d’accompagner et de sensibiliser les personnes aveugles et malvoyantes.

Si son unité est déjà particulièrement active en matière de prévention des VIF, l’adjudant-chef ne compte pas s’arrêter là. « Dans un environnement rural comme l’Allier, nous devons faire en sorte d’atteindre les personnes isolées, comme les agriculteurs. Il s’agit également de mobiliser les professionnels du médical (infirmières, aides soignantes à domicile) pour améliorer le repérage et le signalement des violences. À ce titre, nous avons déjà mené deux informations en école d’infirmières, en s’appuyant notamment sur le fait qu’il n’y avait plus de secret médical face à une personne vulnérable ou un mineur en danger victime de VIF et sous l’emprise de l’auteur. »

Par le biais de la MPF, Gwenaël entend encore multiplier les actions de prévention pour inciter témoins et victimes à alerter. En effet, si le collectif NousToutes dénombre 118 féminicides depuis le début de l’année en France, briser le silence peut sauver des vies.

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